Le détachement d’un salarié du secteur privé en France repose sur des conditions de fond précises, une durée appréciée au regard des faits et des formalités partagées entre l’employeur étranger et l’entreprise d’accueil. Vous trouverez ci-dessous les critères de qualification, les seuils de 12, 18 et 24 mois, les droits garantis au salarié, les démarches SIPSI et A1, ainsi que les vérifications qui vous incombent en tant qu’entreprise utilisatrice.
Le détachement de salariés obéit à des critères cumulatifs, qui tiennent à l’employeur, au lien d’emploi et à la nature de la mission confiée en France. Ces critères déterminent la qualification juridique de l’opération, indépendamment des formalités accomplies par ailleurs.

Au sens du Code du travail, le détachement des travailleurs vise un salarié envoyé temporairement en France par un employeur établi à l’étranger, pour lequel il travaille habituellement. Son contrat de travail et la relation de travail qui le lie à cet employeur subsistent pendant toute la mission, ce qui distingue le détachement d’une embauche locale.
L’entreprise établie à l’étranger doit en outre exercer une activité économique réelle dans son État d’établissement, et non une simple gestion administrative. La mission confiée en France doit enfin avoir un objet et une durée limités : une activité habituelle, stable et continue sur le territoire français écarte le régime du détachement. Ces conditions sont analysées en détail dans notre guide du détachement selon le Code du travail.
Le détachement peut accompagner une prestation de services pour un client français, une mobilité entre établissements d’une même entreprise ou entre sociétés d’un même groupe, ou encore une opération réalisée pour le seul compte de l’employeur. Une agence d’intérim établie à l’étranger peut également envoyer un salarié auprès d’une entreprise utilisatrice française tout en restant son employeur ; Atout Intérim recrute ainsi en Roumanie des travailleurs temporaires dans le cadre de son service d’intérim de travailleurs roumains.
L’intérim détaché doit répondre à un motif légal et à une tâche temporaire, sans servir à pourvoir durablement un emploi permanent de l’entreprise utilisatrice. Le prêt de main-d’œuvre à but non lucratif entre entreprises constitue, quant à lui, une opération distincte, que précise notre guide de la mise à disposition de personnel roumain.
Un citoyen de l’Union européenne, notamment roumain, travaille en France sans autorisation de travail. Un ressortissant d’un pays tiers régulièrement et habituellement employé par une entreprise établie dans l’Union européenne, l’Espace économique européen ou en Suisse peut être dispensé de cette autorisation pour son détachement, ses conditions d’entrée et de séjour devant toutefois être vérifiées séparément.
À l’issue de la mission, le salarié a vocation à reprendre son activité auprès de son employeur d’origine, la fin du détachement ne rompant pas, à elle seule, le contrat. Si votre entreprise recrute directement ce salarié, la situation sort en revanche du schéma du détachement.
La durée d’un détachement relève de deux logiques distinctes : celle du droit du travail, qui module les droits du salarié, et celle de la protection sociale, qui détermine le régime d’affiliation. Leurs seuils ne coïncident pas et doivent être suivis séparément.
Le droit du travail français ne fixe aucune durée maximale générale pour un détachement : son caractère temporaire s’apprécie au regard des faits et de l’objet de la mission. Chez Atout Intérim, les contrats de détachement temporaire couvrent généralement trois à six mois.
Toute prolongation reste subordonnée au caractère réellement temporaire de la mission. Les seuils qui modifient les droits du salarié ou son affiliation sociale ne valent donc pas autorisation générale de prolonger un intérim.
Depuis le 30 juillet 2020, au-delà de 12 mois de détachement, des règles françaises du travail supplémentaires s’appliquent à partir du 13ᵉ mois. Les exceptions légales portent notamment sur la conclusion et la rupture du contrat, qui demeurent régies par la loi d’origine.
Une déclaration motivée déposée avant l’échéance peut différer cette extension de six mois au maximum, soit jusqu’à 18 mois, ce seuil ne constituant pas une durée maximale de mission. Les périodes de salariés qui se succèdent sur un même poste se cumulent pour déterminer l’entrée en vigueur du régime renforcé.
Dans le cadre européen, le maintien ordinaire à la sécurité sociale du pays d’origine peut durer 24 mois au maximum en principe. Il suppose notamment une activité substantielle de l’employeur dans cet État, le maintien du lien d’emploi et l’absence d’envoi destiné à remplacer une autre personne détachée sur la même mission.
Au-delà de cette période ordinaire, un accord exceptionnel entre institutions compétentes peut être sollicité, sans caractère automatique. Si le régime étranger ne peut être maintenu alors que le travail se poursuit en France, l’employeur doit en principe s’y immatriculer et verser les cotisations sociales françaises ; les conventions bilatérales peuvent, pour leur part, prévoir d’autres durées que le régime européen.
Le salarié détaché bénéficie, dès son arrivée, d’un ensemble de règles françaises impératives, complété par des garanties spécifiques lorsqu’il est mis à disposition par une agence d’intérim étrangère. La rémunération fait l’objet d’une comparaison précise, distincte des frais engagés.
Dès le début du travail dans le pays d’accueil, l’employeur étranger applique au salarié détaché le socle français pertinent pour le travail accompli, qui couvre les matières suivantes.
Les règles françaises de conclusion et de rupture du contrat ne s’appliquent en principe pas du seul fait du détachement. La loi du contrat d’origine continue de régir ces questions, sous les exceptions prévues par les textes.
La rémunération du travailleur détaché doit respecter les éléments applicables au poste, à la qualification et au temps travaillé en France, notamment le SMIC ou le minimum conventionnel lorsqu’il est plus favorable, ainsi que les majorations obligatoires. La comparaison s’opère donc sur la base d’éléments versés en contrepartie du travail effectué.
Les remboursements de frais professionnels de transport, de repas et d’hébergement n’entrent pas dans cette rémunération. Une allocation de détachement dont la part salariale n’est pas justifiée est traitée comme un remboursement de frais, et non comme un salaire.
L’entreprise utilisatrice informe l’agence étrangère des règles de rémunération applicables, celle de l’intérimaire détaché ne pouvant être inférieure à celle d’un salarié comparable de l’entreprise utilisatrice. Les conventions et accords applicables chez cette dernière régissent les matières prévues, même lorsqu’ils ne sont pas étendus.
Les intérimaires détachés accèdent aux équipements collectifs dans les mêmes conditions que vos salariés. Un document A1 roumain ne réduit aucun de ces droits, qui relèvent des obligations de l’employeur de salariés détachés et de l’entreprise d’accueil.
Avant et pendant la mission, l’employeur étranger accomplit des démarches déclaratives, justifie l’affiliation sociale de ses salariés et tient à disposition des justificatifs en français. Chacune de ces formalités répond à une finalité de contrôle distincte.

En principe, l’employeur transmet une déclaration préalable de détachement à l’inspection du travail avant la prestation, au moyen du téléservice SIPSI. Atout Intérim prend en charge cette démarche pour les travailleurs qu’elle détache, selon les étapes exposées dans notre guide de déclaration du détachement.
La déclaration SIPSI identifie notamment l’employeur, les salariés concernés, le lieu et la durée prévisionnelle de la mission. L’employeur désigne en outre, en principe, un représentant en France, chargé des éléments suivants.
Le détachement pour le seul compte de l’employeur est dispensé de ces deux formalités. Certaines activités ponctuelles bénéficient par ailleurs d’exemptions définies par arrêté, qui laissent intacts les droits des salariés.
Lorsque le maintien au régime de l’État d’envoi est possible, l’employeur demande le document portable A1 à l’organisme compétent de cet État ; Atout Intérim suit son obtention et la régularité de l’affiliation des travailleurs qu’elle détache. Un A1 valide atteste la législation sociale applicable pendant la période couverte, sans prouver le respect du Code du travail ni les conditions d’entrée et de séjour. En Roumanie, la notification de détachement est déposée auprès de l’inspection territoriale du travail au plus tard le jour ouvrable précédant le début des travaux.
L’employeur ou son représentant doit pouvoir présenter en français les documents permettant de vérifier le contrat, la rémunération, son paiement effectif et les horaires de chaque journée travaillée. Pour un détachement d’au moins un mois, les bulletins de paie ou documents équivalents sont disponibles en français, et les pièces exigées sont en principe fournies sans délai.
Dans l’intérim détaché, les pièces relatives à la garantie financière, à la mission et à la mise à disposition s’ajoutent à ces justificatifs. Les contrats d’intérim identifient, à ce titre, le garant financier.
En tant que donneur d’ordre ou entreprise utilisatrice, vous assumez des obligations de vigilance propres, avant comme pendant la prestation. Leur méconnaissance expose à des sanctions administratives et à une responsabilité financière solidaire.

Avant une prestation soumise à déclaration, vous accomplissez trois vérifications distinctes.
Cette dernière vigilance reste distincte du contrôle SIPSI. Les pièces sont ensuite réclamées tous les six mois jusqu’à la fin du contrat.
L’entreprise utilisatrice inscrit les intérimaires détachés au registre unique du personnel et les prend en compte dans ses effectifs selon les règles applicables. Sur un chantier du BTP, chaque salarié détaché concerné, y compris intérimaire, dispose d’une carte d’identification professionnelle présentable sans délai lors d’un contrôle.
Après le signalement écrit d’un salaire insuffisant par un agent de contrôle, vous enjoignez à l’employeur de régulariser. Celui-ci dispose de sept jours pour indiquer les mesures prises ; à défaut, si vous ne dénoncez pas le contrat, vous pouvez être tenu solidairement des sommes dues.
Selon le manquement déclaratif ou documentaire, l’amende administrative peut atteindre 4 000 € par salarié. Elle peut être portée à 8 000 € en cas de réitération dans les deux ans, dans la limite totale de 500 000 €, ces montants constituant des plafonds et non des sanctions automatiques.
Après une injonction pour un manquement grave non corrigé, l’administration peut suspendre la prestation pendant un mois au maximum, l’absence de déclaration subsidiaire pouvant aussi entraîner une suspension. Le non-respect d’une telle décision peut exposer l’employeur à une amende maximale de 10 000 € par salarié concerné, une déclaration SIPSI ne suffisant pas à régulariser un détachement dépourvu de ses conditions de fond.
| Manquement | Sanction maximale |
| Manquement déclaratif ou documentaire | 4 000 € par salarié |
| Réitération dans les deux ans | 8 000 € par salarié |
| Plafond global | 500 000 € |
| Manquement grave non corrigé | Suspension d’un mois au maximum |
| Non-respect d’une suspension | 10 000 € par salarié concerné |
La pénalité pour non-présentation ne s’applique pas si la preuve du dépôt de la demande est produite lors du contrôle, puis l’A1 délivré présenté dans les deux mois ; les conditions de fond restent exigées. Il est recommandé d’obtenir l’A1 avant le départ, pour toute la période de détachement prévue, une prolongation pouvant nécessiter son extension.
Depuis le 1er avril 2024, la carte d’identification professionnelle du salarié détaché est valable cinq ans. Elle est désactivée entre deux périodes de détachement, puis réactivée pour chaque nouvelle période.
Hors mission pour compte propre, le donneur d’ordre ou le cocontractant du prestataire déclare l’accident à l’inspection du travail du lieu de l’accident.
Oui, le BTP fait partie des activités qui imposent une affiliation à une caisse de congés payés, sauf si l’employeur justifie d’un régime d’origine équivalent.
Depuis le 1er septembre 2024, la demande incombe selon le cas au donneur d’ordre établi en France ou à l’entreprise utilisatrice. Le ressortissant d’un pays tiers détaché par un employeur établi hors de l’UE, de l’EEE ou de la Suisse relève des règles propres à sa situation.
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